« T'as eu le courage de le faire. T'as tout plaqué pour partir vivre au Mexique. »
On me dit cette phrase tout le temps. Et à chaque fois, j'ai envie de répondre oui et non.
Oui, j'ai quitté la Belgique. Oui, je fais tourner mon business depuis l'autre bout du monde. Mais le « du jour au lendemain » qu'on imagine en regardant mes réseaux n'a jamais existé.
S'expatrier quand on est entrepreneuse, ce n'est pas un coup de tête, c'est un projet long. Je te raconte le mien sans le filtre Instagram : les trois ans de préparation, le business que j'ai construit pour pouvoir partir, et pourquoi je refuse qu'on appelle ça du courage.
Non, je n'ai pas tout plaqué du jour au lendemain
Quand on regarde mes photos, on imagine une rupture nette. Un jour la Belgique, le lendemain les palmiers. C'est faux.
Entre le moment où j'ai pris la décision, ce moment où je me suis dit « ok, j'en peux plus, je mets tout en place pour m'expatrier », et le jour où j'ai pris l'avion, il s'est écoulé environ trois ans. Trois ans de réflexion, d'organisation, de démarches. Parce qu'il y a les formalités de ton pays d'origine et toutes celles du pays d'accueil, visa, logement, résidence. Ça demande du temps et de la patience.
Ce rêve vient de ma passion pour les voyages. Je partais deux, trois fois par an, c'était mon évasion dans un quotidien qui ne me correspondait plus. Et à force de partir, j'ai remarqué quelque chose : à chaque retour en Belgique, je ne me sentais pas à ma place. Je tombais dans une vraie déprime, je remettais ma vie en question. Au fond, je l'ai toujours su : je ne resterais pas vivre là-bas.
S'expatrier quand on est entrepreneuse : j'ai créé mon business pour pouvoir partir
Voici ce qu'on ne voit pas non plus sur les photos : mon expatriation et mon business sont la même histoire.
Je me suis lancée dans l'entrepreneuriat parce que j'avais envie de m'expatrier, et je me suis expatriée grâce à l'entrepreneuriat.
Dès le départ, c'était lié dans ma tête. Si je voulais vivre à l'étranger, il fallait un mode de vie qui le permette. Concrètement, une chose : quitter mon CDI. Le salariat n'était déjà pas pour moi, mais il y avait surtout un problème matériel : ce contrat me retenait géographiquement.
Donc la première étape de mon expatriation, ça n'a pas été d'acheter un billet d'avion. Ça a été de démissionner.
Je me suis lancée comme Community Manager freelance, et c'est seulement quand j'ai commencé à bien vivre de mon business que j'ai pu, enfin, préparer le déménagement.
Les deux se sont nourris l'un l'autre. L'envie de partir m'a poussée à entreprendre, l'entreprise m'a donné les moyens de partir. Quitter son CDI pour s'expatrier, ce n'est pas un saut dans le vide si tu construis d'abord le revenu qui te suivra partout.
C'est le point que beaucoup zappent. On rêve du départ, on fantasme la plage, et on oublie la question la plus terre à terre : de quoi tu vis, une fois là-bas ? Si la réponse dépend d'un employeur, ton expatriation est fragile. Si elle dépend d'un business que tu emportes dans ta valise, elle tient. Je l'ai construit sur un modèle 100 % en ligne, où les clientes viennent à moi au lieu que j'aille les chercher : la logique que je détaille dans comment trouver des clients quand on refuse de prospecter.
Pourquoi le Mexique (et pas Bali)
La première question qu'on me pose, toujours : pourquoi le Mexique ?
Choisir sa destination, c'est l'étape fondatrice, et on la choisit selon une foule de critères : la langue, la culture, le climat, la qualité de vie. Le Mexique, pour moi, c'est un pays qui représente mes valeurs : une culture ultra riche, des gens d'une chaleur incroyable. Et la langue : l'espagnol, pour une francophone, c'est accessible, et parler la langue de mon pays d'accueil, c'était non négociable.
Mais il y a eu un critère décisif, et il n'a rien de glamour : mes chiens. J'ai deux chiens, et partir sans eux était hors de question. Or à la base, mon idée, ce n'était pas le Mexique, c'était Bali. Sauf qu'à Bali, on ne s'expatrie pas vraiment avec ses animaux. J'ai laissé tomber : un rêve de destination qui tombe sur une contrainte concrète, et tu réajustes. À ça s'ajoutait une connexion personnelle : étudiante, j'avais fait un Erasmus au Mexique, et le choix s'est imposé comme une évidence.
L'autre question qui revient : pourquoi tu as quitté la Belgique ? Je vais être honnête, sans en faire un procès. Ce n'est pas que la Belgique soit un mauvais pays, c'est qu'elle ne me correspondait plus, pour quatre raisons accumulées avec le temps.
La météo, d'abord : on sous-estime l'effet du gris sur le moral, et me lever 300 jours par an sous un ciel plombé me pesait. La mentalité, ensuite : un environnement que je trouvais un peu fermé, où on se compare, où on se juge, alors qu'ici chacun vit sa vie. Un sentiment d'insécurité, aussi : à Bruxelles, sur la fin, il m'est arrivé plusieurs fois de me faire suivre jusque chez moi, et je sortais avec une appréhension permanente. C'est paradoxal, parce qu'on me demande sans cesse si le Mexique est sûr. La vérité, là où je vis : cette peur de fond a disparu, et c'est une liberté mentale énorme. Le coût de la vie, enfin : depuis le Covid, en Belgique comme en France, les prix sont devenus fous, et j'avais beau travailler énormément, ma qualité de vie ne suivait plus.
Le climat, la mentalité, la sécurité, le coût de la vie. C'est le mélange de tout ça qui m'a fait dire, un jour : ok, il est temps de partir.
Comment je fais tourner mon business depuis l'autre bout du monde
Comment je travaille depuis l'étranger : c'est la question qu'on me pose le plus.
Côté structure, j'ai fait un choix net. Je n'ai gardé aucun lien administratif avec la Belgique : radiée des registres, société belge fermée. À la place, j'ai ouvert une société en Estonie, ce qu'on appelle une e-société : tu peux être non-résidente et y avoir quand même ton entreprise. Je voulais garder une structure européenne, parce qu'à peu près 95 % de mes clientes sont françaises et que c'est plus simple, pour elles, que je facture en euros.
Je précise une chose importante : ce choix, c'est le mien, dans ma situation. Ce n'est pas un conseil. Le bon statut pour travailler depuis l'étranger dépend de ton métier, de tes clients, de ton pays d'accueil. Une question que tu travailles avec quelqu'un de compétent, pas en recopiant le montage d'une autre.
Pour le reste, ça n'a presque rien changé : j'ai toujours travaillé en ligne. Même à Bruxelles, je ne rencontrais jamais mes clientes en personne, on se voit en visio. Travailler à l'étranger en freelance, quand ton activité est déjà 100 % en ligne, ce n'est pas une révolution, c'est la continuité.
La seule vraie contrainte, c'est le décalage horaire. Entre la France et le Mexique, il y a environ 6 à 7 heures d'écart selon la période de l'année. Donc je m'adapte : il m'arrive de commencer mes coachings à 7 heures du matin. Pas dramatique, mais bon à savoir avant de partir.
Quant aux démarches administratives, tout dépend du pays : il y a toujours deux blocs, l'administratif de ton pays de départ et celui de ton pays d'arrivée. Un peu de paperasse, de la patience, rien d'insurmontable.
Ce qui est vraiment difficile quand on s'expatrie en tant qu'entrepreneuse
Je ne veux pas te vendre une carte postale. S'expatrier, c'est merveilleux, et c'est aussi difficile. Trois choses, surtout.
La première, et de loin la plus dure : le manque de la famille et des amis. C'est le frein numéro un que j'entends. « J'adorerais m'expatrier, mais je ne pourrais jamais laisser ma famille. »
Je comprends. Mais à un moment, il faut choisir, et accepter une part de sacrifice. Sauf que l'être humain s'adapte, et il y a un effet auquel je ne m'attendais pas : quand on se voit moins, on se voit mieux. Mes parents sont venus passer trois semaines ici, au mois de mai. On a fait du bateau, des week-ends sur des îles, des choses qu'on n'aurait jamais vécues ensemble à Bruxelles. Les moments sont mille fois plus intenses.
La deuxième difficulté : la barrière de la langue. Je parle espagnol, mais je ne suis pas parfaitement bilingue, et il y a des moments où ça coince : appeler le technicien Internet, gérer la banque, aller chez le vétérinaire. Ce n'est pas insurmontable, et la langue, ça s'apprend.
La troisième : les différences culturelles. Même quand le choc n'est pas violent, comme au Mexique, tu réalises parfois qu'on ne fonctionne pas pareil. L'exemple le plus parlant, c'est le rapport au temps. Si un technicien te dit « j'arrive à 14 heures », il ne sera pas là à 14 heures. Il viendra à 17 heures, le lendemain, ou pas du tout. Tu peux lui expliquer que ce n'est pas professionnel, il ne comprendra pas pourquoi tu t'énerves : pas la même notion du temps. Alors tu apprends à lâcher prise. Depuis que je vis ici, je me suis apaisée, plus capable de relativiser ce que je ne contrôle pas. S'expatrier t'oblige à sortir de tes repères, et c'est une richesse.
On me demande aussi si je compte rester au Mexique. Avec mon statut de digital nomade entrepreneure, je pourrais travailler de partout. Mais je ne suis pas du genre à travailler dans un café : il me faut mon bureau, ma chaise ergonomique parce que j'ai le dos fragile, mes deux écrans. Donc non, je ne changerai pas de pays tous les ans. Retourner vivre en Belgique ? Jamais. Pas par rejet, simplement parce qu'après cette qualité de vie, je ne peux plus revenir en arrière.
Ce n'est pas du courage, c'est une décision
Je veux finir sur la phrase du début. « T'as eu le courage de le faire, moi je n'aurais jamais pu. »
Je l'entends. S'expatrier, c'est un grand pas hors de sa zone de confort : de l'incertitude, des peurs, des démarches. Je comprends qu'on y voie du courage. Mais moi, je ne l'ai pas vécu comme ça.
Peut-être que je suis un peu naïve. Mais quand on veut profondément quelque chose, on le fait. On ne tourne pas autour du pot pendant des années. Quand on me demande « comment tu as fait », ma réponse est bête : je l'ai fait, point.
Ce n'est pas une question de courage. C'est une question de décision, de choix aligné.
Et ce que je trouve triste, c'est de voir combien de gens subissent leur vie en se persuadant qu'ils n'ont pas le choix. Tu as toujours le choix.
« Je ne peux pas, ma famille va trop me manquer. » « Je ne peux pas, j'ai un CDI. » « Je ne peux pas, j'ai peur, je ne parle pas la langue. » Ce ne sont pas des raisons, ce sont des excuses. Et si tu laisses les excuses gouverner ta vie, tu finis piégée dans une vie qui ne te ressemble pas.
Je ne suis pas une super-héroïne. Je ne suis ni plus courageuse ni plus chanceuse qu'une autre. La seule différence, c'est que je me suis donné les moyens de réaliser mes rêves. Pour l'expatriation comme pour le business, le déclic n'est jamais le courage : c'est l'autorisation que tu te donnes de décider, puis de bouger au lieu de sur-réfléchir. Si quelque chose te retient encore, ce n'est probablement pas la réalité, c'est la peur. Et la peur, on apprend à la regarder en face : j'en parle dans le syndrome de l'imposteur, ce doute qui décide à ta place.
Tu es la seule personne capable de créer la vie que tu veux.
Par où tu commences
Si l'envie de partir te travaille, ne commence pas par chercher des billets d'avion. Commence par la fondation : ton business.
Pose-toi une seule question, carnet et stylo en main. Aujourd'hui, mon activité me suivrait-elle si je déménageais à l'autre bout du monde ? Si la réponse est non, tu sais où est le chantier. Pas dans le visa, pas dans la destination : dans ton modèle. C'est la même logique qu'un bilan d'entrepreneuse qui veut viser juste : tu regardes la réalité en face, puis tu avances par étapes.
Construire ce business qui te rend libre, c'est le travail qu'on fait ensemble dans Success Impact, mon accompagnement en 1:1. On y bâtit le socle qui te permet, ensuite, de vivre où tu veux. Pas de pitch, la page te dit tout.
Cet article reprend l'épisode 6 de mon podcast Confidences d'Entrepreneuse. Pour la version audio complète, l'épisode est ici. Et si tu veux m'en parler, viens me trouver sur Instagram, je lis tout.
P.S. Ne te demande pas si tu as le courage. Demande-toi seulement si tu as décidé.




