Je pose toujours la même question à mes clientes, en début de coaching pricing. « Combien tu aimerais gagner par mois ? » Parce que tout part de là. Et tu sais ce que j'entends, très souvent ? « Ben… 1 500 euros par mois. »
Alors je relance. « OK. Et avec 1 500 euros, est-ce que tu vis bien ? » La réponse ne change presque jamais : « J'arrive à payer mon loyer, ou mon prêt, et mes factures. »
Là, je suis obligée de le dire franchement. Ça, ce n'est pas vivre, c'est survivre. Et c'est tout le problème quand on cherche comment fixer ses tarifs : on part du mauvais endroit.
On regarde les autres, le marché, ce qu'on « ose » demander. On ne part jamais de soi. Alors on va remettre les choses à l'endroit : comment fixer un prix juste, un prix qui te fait vraiment vivre de ton activité, sans te brader. Les erreurs qui te coûtent de l'argent, ce que veut vraiment dire « c'est trop cher », et le vrai blocage, celui dont personne ne parle, qui se joue dans ta tête bien avant la calculette.
Fixer ses tarifs, c'est un tabou avant d'être un calcul
Soyons honnêtes. Dès qu'on parle de prix, de tarifs, de valeur, on touche à un gros tabou. En France, en Belgique, dans beaucoup de pays, l'argent reste un sujet sensible. Et forcément, ça déteint sur ta façon de fixer tes prix, souvent sans que tu t'en rendes compte.
Le symptôme le plus courant ? Tu t'excuses presque de facturer. Tu annonces ton prix avec une petite voix, comme si tu réclamais une faveur. Comme s'il y avait quelque chose de gênant à vouloir être payée à la hauteur de ton travail.
Je le vois tous les jours en coaching. Et derrière, il y a presque toujours la même croyance : que l'entrepreneuriat, c'est précaire, que c'est normal de galérer.
C'est faux. Oui, les débuts peuvent être chaotiques. Mais non, tu n'es pas censée galérer pendant des années. Si tu t'es lancée, c'est pour vivre de ton activité, pas pour ramer en permanence en te disant que c'est le jeu. Tu as le droit, et même le devoir, de fixer des prix justes. Des prix qui te permettent de vivre décemment, de te faire plaisir, d'être fière de toi.
Et il faut que tu comprennes une chose, parce que c'est le fil rouge de tout ce qui suit :
Tes prix reflètent ton estime de toi.
Si tu doutes de toi, si tu ne te sens pas légitime, si tu n'as pas confiance dans ce que tu proposes, tu vas pratiquer des tarifs trop bas. Mécaniquement. Et tu t'enfermes dans un cercle vicieux : tu travailles beaucoup, tu ne gagnes pas assez, donc tu doutes encore plus, donc tu n'oses toujours pas augmenter. Ce sentiment de ne pas être légitime, c'est le terrain du syndrome de l'imposteur, et il pèse sur tes prix bien plus que tu ne le crois.
Donc avant de parler chiffres : on lève le tabou. Facturer à la hauteur de ton expertise et de la valeur que tu apportes, il n'y a rien de mal là-dedans. Rien.
Le prix juste part de toi, pas du marché
Reviens à ma cliente et ses 1 500 euros. Le problème, ce n'est pas le chiffre. C'est qu'elle l'a sorti sans réfléchir au niveau de vie qu'elle veut vraiment.
Un prix juste, ça ne se devine pas. Ça se construit, et ça commence par toi. Pas par tes concurrents, pas par une « moyenne du marché ». Par toi.
La première question n'est donc pas « combien je peux facturer ? ». C'est « combien j'ai besoin de gagner pour vivre, vraiment vivre ? ». Pas couvrir le strict minimum : te loger sans calculer, te faire plaisir, mettre de côté, souffler.
C'est ce chiffre-là, le point de départ. Tout le reste, ton offre, ton volume de ventes, ta communication, va se construire pour l'atteindre. Tant que tu ne l'as pas posé noir sur blanc, tu fixes tes prix dans le brouillard.
Les 4 erreurs qui te font te brader
Maintenant, du concret. Voilà les erreurs que je vois revenir tout le temps quand une entrepreneuse fixe ses tarifs. Je ne les vois pas que chez mes clientes : je les ai faites moi-même, à mes débuts. Donc pas de jugement ici, juste de la lucidité.
Erreur 1 : copier les prix de tes concurrents
Tu regardes ce que font les autres dans ton domaine. Tu vois qu'ils facturent tel montant. Et tu te dis : « Allez, je vais mettre à peu près pareil. »
Je ne te dis pas d'ignorer la concurrence, au contraire. Tu dois connaître ton marché, connaître les offres des autres. Regarder, oui. Mais copier leurs prix, non.
Pourquoi ? Parce que ton service n'est pas exactement le même. Ton positionnement est différent, ton expérience aussi. Et surtout, ta cible n'est peut-être pas la leur. Deux offres peuvent sembler identiques sur le papier et n'avoir rien à voir en termes de valeur réelle. T'aligner « à peu près » sur les autres, c'est te déposséder de ta propre stratégie. Regarde le marché, puis calcule tes tarifs en fonction de ta réalité à toi.
Erreur 2 : te brader pour « avoir des clients »
Celle-là fait mal, parce qu'elle part d'une bonne intention. Tu fixes des prix très bas en te disant : « Au moins, comme ça, j'aurai des clients. »
C'est une erreur. Et il y a pire encore : baisser ton prix le jour où un client te dit que c'est trop cher pour lui. Ça, c'est la pire chose que tu puisses faire. On y revient plus bas.
Te brader ne tient pas, pour deux raisons. D'abord, rien ne garantit que des prix bas t'attirent plus de clients. Le prix bas n'est pas un aimant. Ensuite, le vrai piège : des prix trop bas attirent les mauvais clients.
Tu vois de qui je parle. Ceux qui chipotent sur tout, qui t'envoient dix messages par jour, qui ne sont jamais contents. Je les appelle les clients au rabais. Tu n'en veux pas. Je te le dis par expérience, j'y ai eu droit à mes débuts : c'est usant, ça grignote ton énergie, et ça ne fait pas grandir ton business.
Erreur 3 : oublier tes vrais coûts
Là, c'est très classique. On fixe un prix « à la louche », sans poser les vrais chiffres. Et on oublie tout ce qui mange ce prix de l'intérieur.
Les charges, les taxes, les cotisations sociales. Les abonnements que tu paies chaque mois pour faire tourner ton activité : tes logiciels, tes outils en ligne. Et un poste qu'on oublie presque toujours : les heures d'administratif que tu passes pour chaque client. L'admin, c'est du travail. Et le travail ne se fait pas gratuitement.
Le résultat de cet oubli est sournois. Tu crois gagner ta vie, et en réalité tu travailles à perte. Ton relevé bancaire te raconte une histoire, tes vrais chiffres en racontent une autre. Donc pose tout, vraiment tout. Un prix qui n'intègre pas tes coûts réels n'est pas un prix bas, c'est un prix qui te fait perdre de l'argent.
Erreur 4 : ne pas penser ton modèle économique
Dernière erreur, et pas la moindre : fixer un prix sans réfléchir au modèle économique qu'il y a derrière.
Un exemple simple. Tu vends un produit à 100 euros. Combien tu dois en vendre pour vivre correctement ? Si ton objectif, c'est 3 000 euros par mois, fais le calcul. Ça représente déjà un sacré volume de ventes. Vendre en volume, c'est une vraie stratégie, avec ses exigences.
À l'inverse, tu peux choisir une stratégie premium : des offres plus hautes, à 1 000 ou 1 500 euros par exemple. Mais là, tout change. Tu ne vends pas un produit premium avec la même communication qu'un produit à 100 euros. Il te faut une vraie relation de confiance, une image de marque solide, une preuve de valeur, une expérience client haut de gamme. Ton message, ton branding, ton accompagnement, tout doit refléter ce niveau.
Il n'y a pas de bonne ni de mauvaise stratégie là-dedans. Le volume n'est pas « moins bien » que le premium. Ce qui compte, c'est la cohérence : entre ton prix, la valeur que les gens perçoivent, et la façon dont tu communiques. Un prix sans modèle économique pensé derrière, c'est un chiffre posé en l'air.
« C'est trop cher » : ce que ça veut vraiment dire
On arrive au moment qui crispe tout le monde. Le client qui te dit « c'est trop cher ».
Première chose à comprendre, et elle est centrale : on ne peut pas parler de prix sans parler de valeur perçue. Les deux sont inséparables.
Quand quelqu'un te dit « c'est trop cher », ou quand tu galères à vendre parce que le prix est le premier frein, ça ne veut pas dire que ton prix est trop haut. Ça veut dire que la valeur perçue n'est pas assez élevée. La personne ne voit pas encore ce que ton offre vaut vraiment.
Et la réponse à ça n'est jamais de baisser ton prix. Jamais. C'est de travailler ton image de valeur. Retiens le principe : quand la valeur perçue est forte, le client ne se demande plus si c'est trop cher. Il se dit « ça en vaut la peine ». Il voit la valeur avant de voir le prix. C'est tout l'objectif.
Concrètement, quand un client te dit « c'est trop cher », il y a trois explications possibles, et aucune n'est « mon prix est trop haut ». Soit il n'a pas compris la valeur de ton offre, ou il ne la perçoit pas comme assez importante pour ce montant. Soit il y a un souci dans la façon dont tu présentes ce que tu fais. Soit, tout simplement, ce n'est pas ta cible. Et c'est ok.
Parce que je vais te dire une chose : quand tout est cohérent, ton positionnement, ta communication, ta valeur, tu n'entends quasiment plus « c'est trop cher ».
Pourquoi tu n'as jamais à te justifier sur ton prix
Voilà le réflexe que je veux te faire abandonner. Le client te dit « c'est trop cher », « ce n'est pas dans mon budget », « je n'ai pas l'argent là », et hop, tu passes en mode justification. Tu expliques. Tu argumentes. Tu veux prouver que ton tarif est logique, que vraiment, « ça les vaut ».
C'est là que tu fais l'erreur.
Tu n'as pas à te justifier. Pas à t'excuser. Pas à convaincre ton client que tu mérites ton prix.
Tu n'as pas à prouver ta valeur. Tu dois juste la montrer.
Toute la nuance est là. Prouver, c'est argumenter dans l'urgence, au moment de la vente, quand c'est déjà trop tard. Montrer, c'est un travail qui se fait en amont : dans ta communication, ton positionnement, ta posture. Quand tu montres ta valeur en continu, tu n'as plus rien à plaider le jour de la vente.
Attention, ne confonds pas justification et clarté. Si tu vends une offre à un certain prix, ou si tu débutes, proposer un call découverte à un client qui a des questions, c'est très sain. Pendant cet échange, tu détailles ce que ton offre inclut, tu réponds à ses questions. Ça, ce n'est pas te justifier, c'est apporter de la clarté. Je trouve même important qu'un client sache exactement ce qu'il y a dans ton offre. Répondre aux questions quand la personne est réellement intéressée, et que le prix n'est pas le frein, c'est normal et c'est sain.
Ce qui n'est pas ok, en revanche, c'est le mode « vendeur de tapis ». Convaincre à tout prix, négocier, plaider. Je sais que des coachs enseignent des scripts de vente, des argumentaires tout prêts pour « contrer les objections ». Ce n'est pas ma manière de faire. Pas du tout.
La vente, ce n'est pas convaincre.
Si tu dois forcer une vente, c'est qu'il y a déjà un désalignement quelque part. Et à forcer, tu vas t'épuiser. Moi, je préfère que mes clientes voient ma valeur et viennent naturellement. C'est exactement la logique de l'inbound, attirer ses clients au lieu de courir après eux : quand ton positionnement est clair et ta valeur visible, tu attires les bons clients, ceux qui voient la valeur avant le prix. Et ceux-là ne discutent pas ton tarif.
Ton prix n'est pas figé : c'est une stratégie qui évolue
Si tu retiens une idée de tout ça, que ce soit celle-ci : fixer ses prix, ce n'est pas sortir un chiffre au pif. C'est une vraie stratégie, et ça fait partie intégrante de ton business model.
Tes tarifs doivent être réfléchis, accordés avec ton positionnement, ta valeur, et la façon dont tu veux vivre de ton activité. Ils dépendent d'une série de paramètres : ton expertise, ta cible, ton type d'offre, tes coûts, tes charges, ton temps, ta marge, ton ambition. Ce n'est pas un chiffre, c'est le résultat d'une réflexion.
Et il faut que tu intègres ça :
Un prix, ça évolue.
Les tarifs que tu pratiques aujourd'hui ne seront pas ceux que tu pratiqueras dans un an, ni dans trois ans. Entre-temps, tu auras gagné en expérience, affiné ton offre, peut-être changé de positionnement ou de cible. C'est sain que tes prix suivent. Réviser ses prix régulièrement fait partie de l'entretien d'un business, au même titre que faire un vrai bilan honnête de son activité. Un prix figé pendant trois ans, c'est presque toujours un prix devenu faux.
Autour de ton prix, il y a aussi une stratégie commerciale à penser : promotions, packs, offres temporaires. Si tu y vas, fais-le en conscience, dans un objectif clair, pas par réflexe un mois où le chiffre est bas.
Le vrai blocage est dans ta tête (et il vient de loin)
On a parlé stratégie, coûts, modèle économique, valeur perçue. Tout ça est essentiel. Mais je veux finir là où j'ai commencé. Parce que si, dans ta tête, tu es dans un état de manque, dans la peur, ou dans la culpabilité de gagner de l'argent, aucune grille de calcul ne tiendra.
Ton rapport à l'argent ne date pas d'hier. Il vient de ton éducation, de ce que tu as entendu et observé enfant. Alors pose-toi vraiment ces questions. Comment parlait-on d'argent dans ta famille ? Est-ce que c'était un sujet ouvert, ou quelque chose dont on ne parlait jamais ? Est-ce qu'on t'a appris qu'il fallait « travailler dur pour mériter », « faire attention à ne pas trop dépenser », ou qu'« avoir de l'argent, c'est pour les autres » ?
Ce sont des phrases anodines, dites en passant. Mais entendues petite, répétées, elles s'impriment profondément. Elles deviennent des croyances, des programmes qui tournent en arrière-plan. Et elles façonnent ta vision de ta propre valeur, et de ce que tu « as le droit » de gagner.
Des années plus tard, tu lances ton activité, et sans t'en rendre compte, tu rejoues ces schémas. Tu travailles énormément, parce qu'« il faut mériter chaque euro ». Tu n'oses pas augmenter tes prix, parce qu'« il ne faut pas abuser ». Tu culpabilises de gagner plus, parce que « les autres galèrent ». C'est inconscient, mais c'est là, et ça pilote directement la façon dont tu fixes tes prix.
C'est souvent là que se cachent les plus gros blocages. Tu te limites toi-même, sans le voir, parce que quelque part tu crois que tu « ne mérites pas plus ». Tant que cette relation à l'argent n'est pas débloquée, tu auras toujours du mal à fixer des prix justes et à recevoir ce que tu vaux.
Alors oui, il y a la stratégie, les chiffres, le business model. Mais au fond, le vrai travail, c'est celui que tu fais sur toi-même.
Par où tu commences
Voilà ce que je te demande, concrètement, cette semaine. Trois étapes, dans l'ordre.
D'abord, pose ton chiffre. Pas « combien je peux demander », mais « combien j'ai besoin de gagner pour vraiment bien vivre ». Écris-le. C'est ton point de départ.
Ensuite, fais l'audit de tes coûts. Liste tout : charges, cotisations, taxes, abonnements, outils, et les heures d'admin que tu donnes à chaque client. Compare avec ton prix actuel. Tu vas peut-être avoir une surprise.
Enfin, prends dix minutes pour le travail le moins confortable, mais le plus utile. Réponds honnêtement aux questions sur ton rapport à l'argent. Quelle phrase tu as entendue petite ? Laquelle te freine encore aujourd'hui ? C'est souvent là qu'est le vrai verrou.
Fixer le prix juste, ce n'est pas trouver le bon chiffre du premier coup. C'est arrêter de partir des autres, et commencer à partir de toi.
Cet article reprend un épisode de mon podcast Confidences d'Entrepreneuse. Si tu préfères la version audio, avec ma voix dans tes oreilles, tu peux l'écouter ici.
Et si tu veux passer du principe au chiffre, j'ai créé la Grille Pricing exactement pour ça. Elle te donne le calcul complet : ton seuil de rentabilité, ton tarif minimum, ton tarif cible, sans te brader. C'est le passage à l'action de tout ce qu'on vient de voir.
P.S. Tu sais déjà que tu sous-factures, mais tu n'oses pas bouger ? Viens me le dire sur Instagram. Raconte-moi où tu en es. Parfois, formuler le blocage à voix haute, c'est déjà le début du déblocage.




